The Dissolution of the Heart of Deutschland AG

Christopher Lantenois Université Paris XIII Villetaneuse.


The aim of this paper is to study to what extent the “heart” of Deutschland AG – defined as the set of cross-shareholdings and cross-mandates between the major german financial institutions – has been quickly eroded. Then, we analyze the impact on the bank/industry model. We find that large financial institutions have abandoned their traditional role of Hausbank, selling their industrial holdings, deserting supervisory boards and shareholders’ meetings. After presenting the DB strategic mutation, we empirically quantify the destabilization of the “heart” of Deutschland AG. Finally, we consider the implications on the role of banks in the governance of the industry.


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Footnotes

1   L’expression peut être traduite par « société anonyme allemande ».

2   Pour simplifier, nous qualifierons sous le terme d’entreprises industrielles les sociétés non financières qui par définition incluent les sociétés industrielles et commerciales.

3   La paternité du concept de « cœur financier » revient à Dupuy et Morin (1991).

4   Une partie du travail législatif a certes consisté à transposer les directives européennes de sorte qu’aujourd’hui, l’essentiel de la réglementation applicable en Allemagne est issu des textes communautaires. À l’actif des Pouvoirs publics, quatre lois de modernisation des marchés financiers (1990, 1994, 1998 et 2002) doivent être signalées. Elles ont profondément révisé le droit boursier en matière de délit d’initiés, de publication de l’information et de franchissement de seuil. Pour plus de détails sur ce point, voir : Nowak (2004).

5   L’une des raisons tient notamment à la concurrence des banques publiques. Pendant des décennies, ces dernières ont bénéficié d’une obligation de garantie imposée aux Länder qui se trouvaient dans l’obligation d’honorer tous les engagements de leur banque régionale qui ne pouvaient être satisfaits sur les actifs de celle-ci. Cette protection constituait virtuellement une garantie contre le risque de cessation de paiement, assurant aux établissements publics un refinancement plus favorable par rapport à leurs concurrents privés, grâce à une meilleure notation (Hackethal et Schmidt, 2005). Elle fut supprimée en 2005 sur injonction européenne.

6   Le journal allemand Der Spiegel (4 décembre 1989) dira de cette opération quelle est « la plus importante décision stratégique de la DB depuis la Seconde Guerre mondiale ».

7   Voir : Les Échos, no 16902, 19 mai 1995.

8   Notamment chez Warburg, Barings, Morgan Stanley ou Merrill Lynch (Les Échos, no 17163, 7 juin 1996).

9   Depuis 2005, la DB redécouvre les vertus du détail aux revenus moins volatils avec les rachats de Berliner Bank et Norisbank en 2006. Depuis 2008, elle est engagée dans une prise de contrôle en plusieurs étapes de la banque postale allemande (Postbank).

10   Voir sur ce point notamment : le rapport d’activité 2003. Par ailleurs, pour atteindre ses objectifs en matière de ROE – à savoir un ROE à 25% quels que soient les cycles conjoncturels –, le groupe n’hésite pas en 2005 à supprimer 6 400 postes en Allemagne alors que les bénéfices (et les dividendes) sont en forte hausse. Il devient alors l’une des cibles favorites des opposants au libéralisme économique en Allemagne.

11   La cession de participations a également été utilisée comme un outil de « lissage » des résultats au début de la décennie 2000 ou pour financer des programmes de rachats d’actions.

12   Voir : Les Échos, no 17797, 17 décembre 1998.

13   Votée en juillet 2000, la réforme fiscale entre en vigueur au 1er janvier 2002. Elle exonère fiscalement les plus-values réalisées lors des cessions de participations capitalistiques détenues depuis au moins un an.

14   On se souvient qu’en 1974, la DB avait repris ponctuellement Daimler-Benz pour empêcher l’État du Koweït de prendre le contrôle de la firme automobile. Plus récemment, elle avait appuyé Continental en 1991 lors de la tentative d’OPA hostile de l’italien Pirelli.

15   Aux côtés de Dresdner et de Goldman Sachs, la DB s’était également engagée à financer l’OPA. Au final, le projet échoua. Quelques mois plus tard, les deux entreprises décidèrent de fusionner. Ainsi, le rapprochement s’effectua par la voie de la négociation, plus traditionnelle en Allemagne.

16   Sous le terme « établissements financiers », nous pensons aux grands établissements bancaires privés et aux grandes compagnies d’assurances.

17   Voir : Les Échos, no 18678, 19 juin 2002.

18   À titre d’illustration, la DB possédait en 1992 plus de 32 % des droits de vote dans sa propre AG et Dresdner Bank, 44,2 %.

19   Pour une présentation de la KonTraG, voir : Cioffi (2002) et Beyer et Höpner (2003). Dans la pratique, elles n’ont guère plus le choix dans la mesure où elles ne disposent plus de participations supérieures à 5 %, seuil fixé par la loi pour pouvoir arbitrer.

20   Le CS est l’organe de contrôle de la société anonyme allemande. Ses membres sont élus par l’AG des actionnaires et les salariés de l’entreprise pour les sociétés de plus de 500 salariés. Ces administrateurs ont pour prérogative de contrôler la gestion du directoire, nommer ses membres, déterminer leur rémunération, les conseiller et pour un motif juste, les révoquer. Le consentement du CS doit être sollicité pour les fusions et acquisitions, les grands investissements ou les cessions d’activité. Dans la pratique, les CS furent également exploités comme des outils de coopération et de circulation de l’information (Jackson, 2001).

21   Cette méthode est empruntée à Beyer et Windolf (1995).

22   Sur l’impact de la montée en puissance des investisseurs étrangers sur le comportement et la stratégie des sociétés allemandes (et françaises), voir : Lantenois et Coriat (2011).

23   Zysman (1983) souligne que la puissance publique a eu tendance à déléguer la politique industrielle aux acteurs privés et au premier plan les banques privées et la DB.

24   Le rôle des banques dans le financement de ces sociétés n’est pas abordé dans le cadre de cet article.

25   La présence de la DB dans le capital de Daimler, dont la participation a avoisiné pendant des décennies 25%, est véritablement la seule exception de taille.

26   Le taux de participation élevé tient à la présence de ces institutions dans le capital de filiales cotées.

27   En 1992, les banques contrôlaient plus de 95 % des droits de vote de Siemens, 9,9 % à titre de détention directe et plus de 85,6 % sous forme de dépôts de leur clientèle. Les valeurs sont les mêmes pour BASF (94,7 %) et Hoeschst (98,4 %) dans la chimie, DB (94,7 %) et Commerzbank (97,5 %) dans le secteur bancaire ou VEBA (90,8 %) dans l’énergie.


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