The Negative Feedback Loop between Banks and Sovereigns

Paolo Angelini Banque d’Italie
Giuseppe Grande Banque d’Italie
Fabio Panetta Banque d’Italie. Contact : fabio.panetta@bancaditalia.it


More than three years since the outbreak of the sovereign debt crisis in the euro area, the banking systems of several countries remain exposed to the vagaries of government bond markets. The paper analyses the different channels through which sovereign risk affects banking risk (and vice versa), presents some new evidence on banks-sovereign links, and discusses policy options to address the related risks.


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Footnotes

Les opinions exprimées ici sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de la Banque d’Italie. Les auteurs remercient Marco Pagano, Alessio De Vincenzo, Giovanni Di Iasio, Aviram Levy, Federico Maria Signoretti et les participants au « 2013 ISI/IEA Strategic Forum » (Rome, 1-2 juillet 2013) pour leurs précieuses remarques. Ils remercient également Carmela Aurora Attinà, Maria Pia Mingarini et Daniela Molinari pour leur aide efficace à la recherche. Ils assument la responsabilité de toute erreur éventuelle.

1   Pour une analyse des différentes phases de la crise de la dette souveraine et de sa dimension budgétaire, voir Lane (2012).

2   Pour une analyse détaillée de l’impact du risque souverain sur les conditions de financement bancaire, voir CGFS (2011).

3   Les canaux potentiels de transmission de l'État aux banques qui ne seront pas mentionnés ici sont l’aversion au risque, les effets d’éviction et l’évolution des techniques de gestion des risques. Voir CGFS (2011).

4   La façon dont les titres sont inscrits au bilan (valeur de marché ou coût amorti) importe peu quand les créanciers d’une banque commencent à s’inquiéter de l’éventuelle défaillance de la banque. Dans ce cas, ils vont ignorer les conventions comptables et évaluer la solidité de la banque d’après ses actifs à la valeur de marché, même s’ils figurent dans le portefeuille bancaire d’actifs détenus jusqu’à l’échéance.

5   En revanche, l’exposition indirecte aux dettes souveraines étrangères, via les expositions interbancaires, peut être importante. Les retombées internationales directes ou indirectes depuis les pays durement frappés par les tensions souveraines ont eu des répercussions pour certaines banques européennes, notamment en Allemagne, en France et en Belgique (CGFS, 2011). Voir aussi Financial Times (2013).

6   Voir, par exemple, l’article de Coeurdacier et Rey (2012), qui documentent aussi le biais de préférence nationale dans les portefeuilles d’actions, d’obligations et de prêts bancaires.

7   Dans l’« approche standard » notamment, les règles de Bâle II impliquent une pondération de risque allant de 0 % à 150 %, en fonction de la notation externe attribuée par une agence reconnue, ou une pondération de 100 % par défaut en cas d’absence de notation. Toutefois, les autorités nationales sont autorisées à appliquer une pondération de risque de 0 % pour les expositions à la dette souveraine domestique libellées et financées dans la monnaie nationale, si la réglementation nationale l’autorise. Dans l’approche basée sur les notations internes (cf. note 8), généralement utilisée par les grandes banques sophistiquées, la pondération de risque est calculée selon les propres modèles internes de notation de la banque. Ces modèles étant habituellement réalisés par le biais de données historiques, qui présentent peu ou pas de défaillances souveraines, tendent à ne pas pondérer ou à pondérer très faiblement l’exposition aux dettes souveraines.

8   Le paquet CRD (Article 89, « utilisation partielle permanente ») permet aux institutions de crédit ayant opté pour l’approche NI d’appliquer l’approche standard à toute exposition souveraine domestique, quelle qu’en soit la taille, à condition qu’elle reçoive une pondération de risque de 0 %. Cette exemption est bien plus étendue que celle accordée par les règles de Bâle et permet effectivement aux banques européennes ayant opté pour l’approche NI d’appliquer une pondération de risque unique de 0 % à la dette libellée en euro des États de l’UE, si les autorités nationales le permettent.

9   La perte du statut d’emprunteur de la catégorie investissement peut conduire à l’exclusion des dettes de la banque de la liste des titres que certaines catégories d’investisseurs, comme les fonds de pension et les compagnies d’assurances, sont autorisées à acquérir ou peuvent rendre inadmissibles en tant que garanties dans les opérations de financement.

10   Des analyses d’ensemble des marchés financiers et des indicateurs de bilan peuvent être trouvées dans CGFS (2011) et Van Rixtel et Gasperini (2013). Des données économétriques sont également disponibles pour le cas de l’Italie. Ce dernier est particulièrement intéressant car, dans ce cas, le sens de la transmission est clair : à l’origine, l’instabilité de l'État a affecté les banques nationales, et non l’inverse. Albertazzi et al. (2012) concluent qu’une hausse de l’écart entre les taux souverains à dix ans en Italie et en Allemagne est suivie d’une hausse du coût de financement auprès des banques de gros et de certaines formes de financement auprès des banques de détail pour les banques, avec un impact plus prononcé pendant la crise de la dette souveraine. Zoli (2013) fournit des estimations similaires.

11   Albertazzi et al. (2012) indiquent qu’une hausse des spreads souverains à dix ans en Italie est suivie d’une hausse du coût de financement des banques italiennes et du coût de crédit aux entreprises et aux ménages. Ce dernier effet est uniquement significatif au cours de la crise de la dette souveraine, ce qui marque la présence de non-linéarité. Ces auteurs trouvent également des preuves de rationnement du crédit (à savoir, une hausse des spreads a un effet négatif direct sur la croissance du crédit au-delà de l’effet impliqué par la hausse des taux de prêt). Neri (2013) montre que les spreads souverains ont un impact significatif sur les taux des nouveaux prêts bancaires dans les pays les plus exposés aux tensions sur la dette souveraine (Italie, Espagne, Grèce et Portugal), alors qu’ils n’ont aucun effet dans les autres pays (Allemagne, France, Belgique, Pays-Bas, Autriche et Finlande).

12   Quatre articles sur les banques italiennes essaient de mettre en évidence les contributions relatives des facteurs de demande et d’offre dans la dynamique des prêts des banques. Sur la base de données agrégées, Zoli (2013) conclut que les facteurs ayant trait à l’offre liée à la pénurie de financement bancaire étaient un élément clé à l’origine de la baisse des prêts à la fin de 2011, alors qu’en 2012, c’est la faible demande qui était le principal motif. Sur la base de données individuelles de banques et en identifiant les facteurs d’offre et de demande à partir de l’Eurosystem Bank Lending Survey, Del Giovane et al. (2013) estiment qu’un resserrement des conditions de l’offre de crédit affecte significativement la dynamique des prêts aux entreprises ; cet impact est substantiel quand le resserrement est dû à la détérioration du bilan des banques et il est un peu moins prononcé quand il est lié à la perception d’un risque plus élevé de l’emprunteur. Bofondi et al. (2013) indiquent que durant l’une des pires phases de la crise de la dette souveraine (la seconde moitié de 2011), les banques italiennes ont durci leurs conditions de prêt et les entreprises n’ont pas été capables de compenser pleinement en empruntant auprès de banques étrangères. Albertazzi et al. (2012) évoquent l’effet négatif de la hausse des spreads souverains sur les marges et les bénéfices des banques, effet plus marqué pour les grands intermédiaires.

13   Acharya et al. (2011) avancent des preuves d’« interactions à double sens » entre risque de crédit souverain et financier pendant une crise financière. À l’automne 2008, l’annonce des sauvetages du secteur financier a été associée à un phénomène immédiat et inédit : l’élargissement des spreads des CDS souverains et le resserrement des spreads des CDS bancaires. Cependant, après les sauvetages, un mouvement concomitant significatif a émergé entre les spreads des CDS bancaires et souverains, indiquant que la transmission s’était faite des États vers les banques.

14   On pourrait argumenter que les comouvements États/entreprises non financières observés sont engendrés par les banques qui transmettent leurs risques souverains aux entreprises. De fait, Bedendo et Colla (2013) trouvent, dans les pays dans lesquels le risque souverain est quantifiable, qu’une détérioration de la qualité du crédit d’un État affecte plus négativement les entreprises qui recourent le plus au financement bancaire. Toutefois, les sociétés non financières pour lesquelles des CDS sont négociés sont des entreprises de grande taille, des blue chips qui sont, en principe, les moins dépendantes des financements bancaires. Pour cette raison, les comouvements observés dans les graphiques ne reflètent sans doute pas principalement le lien de causalité analysé dans certains des travaux empiriques discutés dans la partie précédente (des États aux banques aux entreprises).

15   La corrélation moyenne entre État et banques pourrait être affectée par l’évolution de la situation au Portugal, en Grèce et en Irlande, pays ayant reçu une aide financière. Si l’on retire ces pays de l’échantillon, la corrélation moyenne s’élève à 0,47, ce qui est à peu près égal à la corrélation moyenne entre État et entreprises non financières.

16   En raison de problèmes de disponibilité des données, les indicateurs des expositions des banques aux titres souverains domestiques présentés dans les graphiques ne prennent pas en compte les autres formes techniques d’exposition des banques aux États, à commencer par les prêts. Ces éléments sont potentiellement importants. En décembre 2012, l’exposition des banques italiennes à l'État sous des formes autres que des obligations s’élevait à environ 70 Md€.

17   Des travaux récents utilisant des données microéconomiques détectent bien un lien entre l’exposition des banques aux titres souverains et les comouvements entre les mesures risque/performance des banques et des titres souverains. Voir, par exemple, Bedendo et Colla (2013), discuté ci-dessus, et Acharya et Steffen (2013). Réconcilier ces résultats avec les nôtres va au-delà de cet article.

18   Pays GIPSI = Greece, Irland, Portugal, Spain, Italy (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie).

19   Entre novembre 2011 et février 2012, les acquisitions nettes d’obligations souveraines domestiques par les banques italiennes s’élevaient à environ 48 Md€, soit 11 Md€ pour les dix plus grands groupes bancaires, 14 Md€ pour les autres groupes et 23 Md€ pour le reste du système, de nombreuses petites et moyennes banques (Bank of Italy, 2012, p. 27).

20   On notera que les banques portugaises avaient une très faible exposition au risque souverain en 2008 et qu’elles l’ont ensuite augmenté substantiellement. Une explication possible serait que la véritable vulnérabilité des banques à leur État est beaucoup plus importante que ce qui peut être estimé à partir de leur détention de titres souverains. Il faudrait également inclure d’autres expositions directes (prêts au gouvernement central, aux collectivités locales…), mais le gros de l’effet vient vraisemblablement d’expositions indirectes, tels que les prêts aux entreprises et aux ménages qui détiennent des créances sur l'État, et les autres canaux de transmission présentés dans la première partie.

21   Gros (2013) suggère d’utiliser une règle maintenant les droits acquis, afin que seules les nouvelles expositions à l'État soient soumises à des contraintes réglementaires. Cette solution a peu de chance de fonctionner, étant donné qu’elle inciterait fortement à anticiper le changement. L’expérience de Bâle III illustre clairement cet argument.


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