Latin America, from the 1950s to the Present, Mutations, Growth and New Dependencies

Pierre Salama Professeur émérite des universités, Centre d'économie de Paris-Nord. Contact : pierresalama@gmail.com.


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Footnotes

1   On dit que la désindustrialisation d'un pays émergent est précoce par rapport à la désindustrialisation affectant certains pays avancés lorsque le revenu par tête au début de ce processus correspond à la moitié de celui des pays avancés au moment où débute leur désindustrialisation. La désindustrialisation affecte les emplois industriels, ceux-ci baissent relativement aux autres emplois, mais ils peuvent aussi baisser de manière absolue. On peut mesurer la désindustrialisation à partir de plusieurs indicateurs : l'évolution de la part de l'industrie (en valeur ajoutée) dans le PIB, l'évolution du poids de l'industrie dans l'industrie mondiale, la part des exportations manufacturières dans les exportations mondiales manufacturières. Mais on peut aussi utiliser des indicateurs d'emplois. Pour ne pas qu'il y ait d'ambiguïté, l'industrie concernée est l'industrie de transformation. La thèse de la désindustrialisation précoce a surtout été développée par le courant « novo developmentismo » en Amérique latine, principalement au Brésil, en Argentine et au Mexique (Bresser-Pereira, 2009 ; Salama, 2012 ; Bresser-Pereira et al., 2015 ; ou, plus récemment, Castillo et Martins Neto, 2016). Notons que Rodrik (2016) a repris cette thématique… sans pour autant citer ces travaux importants.

2   L'influence des pays du Centre n'est pas la même selon les pays et selon les produits exportés. Certains exigent de lourds investissements en infrastructures, et un fort endettement qui va avec, d'autres beaucoup moins. Sur les rapports différents entre les pays latino-américains et ceux du Centre, principalement à cette époque la Grande-Bretagne, mais aussi les États-Unis et quelques pays européens, on peut consulter l'excellent travail de Matari (2009).

3   Un débat important a eu lieu en Amérique latine sur les causes de cette industrialisation que nous ne pouvons pas reprendre ici : est-ce en raison de la crise internationale, interprétation dite « exogénéiste », celle de nombre d'économistes de la CEPAL, ou bien en raison des changements dans les alliances de classes permis par la crise internationale, interprétation dite « endogéneiste ». Pour les uns, les nations sont mises en avant et l'articulation mouvante – à cause des crises économiques au centre – entre nations de la périphérie et celles du centre joue un rôle essentiel pour expliquer l'industrialisation ; pour les autres, les alliances entre bourgeoisie industrielle naissante et latifundiste, d'une part, et bourgeoisie industrielle et classe ouvrière, d'autre part, via de nouvelles formes de pouvoir (régimes politiques dits « populistes » ou encore « bonapartistes »), expliquent cette industrialisation. Si ces alliances ne voient pas le jour, alors l'industrialisation par voie substitutive d'importations ne voit pas le jour. Sur ces questions, voir de Oliveira (1972), Salama (1976) et Mathias et Salama (1983) où l'on trouvera une large bibliographie.

4   Reprenant Marx, Kalecki propose un découpage en trois sections : la section 1 composée des biens de production, la section 2 produisant des biens de consommation, nommés biens ouvriers, et une section 3 produisant de l'or, nommé biens de luxe. Selon Kalecki, repris et développé surtout par Tavares, la section 2 correspond aux biens de consommation non durables auxquels ont accès les ouvriers et les classes moyennes et riches, la section 3 produit des biens de consommation durables, essentiellement ici l'automobile, auxquels les classes moyennes et riches ont seules accès. Les ouvriers sont exclus de cette consommation en raison de leurs ressources insuffisantes. Ils représentent donc un coût pour la production de ces biens durables, mais ils ne sont pas une demande. La réduction de leurs salaires ne réduit pas la demande, qui s'adresse à la production des biens de luxe, mais réduit les coûts et accroît la rentabilité dans ce secteur. Pour une présentation et une discussion de cette thèse, voir Cartier-Bresson et Kopp (1982). Ces auteurs distinguent les secteurs des sections comme l'ont fait des économistes de la direction de la prévision en France, notamment Hugues Bertrand.

5   En langue française, voir Salama et Valier (1990 et 1994) où sont analysés les parcours hyperinflationnistes du Brésil, de la Bolivie et de l'Argentine, de très haute inflation (Mexique), les conséquences sociales et les politiques pour lutter contre la hausse des prix.

6   À partir des données établies par The Conference Board, Total Economy Database, janvier 2012 (www.conference-board.org/data/economydatabase/), Romero Tellaeche montre que dans la période 1940-1982, l'écart entre les PIB par tête se réduit, le rapport entre les deux PIB par tête est de 2,8 en 1982. À partir de cette date, l'écart s'accentue – la croissance moyenne par tête du Mexique est de 0,96 % entre 1983 et 2011, contre 1,8 % pour les États-Unis – et atteint 3,9 en 2011. Cet écart a crû de 32,1 % par rapport à 1982 (pp. 32-33).


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