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Currency as Common. An Innovation for a Sustainable Alternative Development in the South Also

Jean-Michel Servet Professeur honoraire, IHEID Genève ; chercheur associé, Triangle (unité de recherche CNRS, ENS Lyon, Université Lyon 2). Contact : jean-michel.servet@graduateinstitute.ch.


Understanding finance and currency as common does not reduce this issue to their potential contribution to sustainable development from an environmental point of view (in the consumption of the physical resources or the financing of equipment, means of transportation and housing). Their “common” dimension appears through the production and the circulation of liquidity which are essential for the functioning of the economic and financial systems and through types of management which involve all their “stakeholders”. Unlike “natural” resources that “common” management tries to protect and thus to limit the consumption of, in order to assure their reproduction or their preservation, currency must be spent because its injection and its circulation lead to real multiplier effects of income.

Here, we mainly analyse certain current limits of the capacity for development of commons and the necessary conditions for their appropriation and for their reproduction. We present the case of the best known complementary currency in a developing or emergent country, in Conjunto Palmeiras and its replications in Brazil, as well as the recent monetary project in Kenya (Bangla Pesa). These complementary currencies place these commons especially in small territories. The global level raises numerous issues ; on the one hand, the implication of what are supposed to be the "stakeholders" and their representatives, and on the other hand, the conditions of the production of the monetary and financial resources.


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Footnotes

1   Différentes versions de ce texte ont été présentées lors de colloques. Avec le soutien de la Chaire AG2R La Mondiale « Finance Autrement », Kedge Business School, il l'a été lors de la VIe Conférence internationale de recherche sur l'économie sociale et solidaire (29 novembre-3 décembre 2017, Universidade Federal do Amazonas à Manaus au Brésil). Sous une version antérieure dans une session « Monnaies locales » de la Conférence « Communs et développement » (AFD) le 2 décembre 2016 sous le titre « Liquidité, commun(s) et développement » animée par Gaël Giraud. Des éléments avaient aussi été présentés à l'invitation de la Chaire Microfinance Banque populaire de la Burgundy School of Business/ESC Dijon le 12 décembre 2016 pour son Microfinance Insight Forum: Microfinance: What Next ? Que les participants à ces différents séminaires et conférences soient particulièrement remerciés pour leurs questions et leurs suggestions. Au cours des différentes étapes de sa rédaction, j'ai été tout particulièrement redevable à Isabelle Guérin et à Isabelle Hillenkamp pour les informations communiquées quant aux expériences du Brésil et à Tristan Dissaux pour celles du Kenya ; à Éveline Baumann, Demba Dia, Ababacar Dieng et Ousmane Sane pour les informations qu'ils ont pu me transmettre sur les expériences sénégalaises. À Jérôme Blanc, Éric Dacheux, Pascale Delille, Marie Fare, Daniel Goujon, Sophie Swaton, Bruno Théret et Anne Vanderstraete pour leurs commentaires et leurs suggestions ainsi qu'à deux évaluateurs anonymes de la Revue d'économie financière.

2   On doit remarquer que le mouvement des villes en transition (Transition Towns ou Transition Cities Movement) qui soutient, parmi d'autres initiatives, les monnaies complémentaires locales est surtout actif dans les pays dits « développés », notamment aux États-Unis, au Canada et en Europe.

3   Pour le sens à donner ici à « communauté », à son élaboration et à son inscription dans la modernité, voir Laval (2016).

4   Voir la proposition de Aglietta et al. (2016, pp. 201-204) et Blanc (2015).

5   Pour une comparaison Argentine, Brésil et Mexique, voir Bizberg et Théret (2012).

6   La nouvelle génération de monnaie locale impliquant les prestataires de biens et de services d'une localité ne doit pas être confondue avec les systèmes d'échange locaux qui ont précédé et qui perdurent de façon complémentaire. Certains ayant été conçus comme projet de développement local ont émergé, puis ont disparu, tel celui mis en place par Enda Sénégal en 1998-1999 (voir le site : http://www.appropriate-economics.org/africa/doole.html). Dans les pays en développement, d'une part, le degré élevé d'informalité des activités rend poreuse la frontière qui est généralement tracée entre production domestique et production par une microentreprise de biens et de services. Il n'y a pas, d'un côté, des producteurs de biens et de services et, d'un autre côté, leurs clients. Tous les habitants, souvent dès leur adolescence, apparaissent de façon permanente les uns vis-à-vis des autres, et jusqu'à ce que leurs capacités physiques s'épuisent, prestataires et consommateurs-clients à tour de rôle. D'autre part, le taux élevé d'analphabétisme fait que les systèmes d'échange locaux doivent adopter des tickets pour les échanges, alors que dans les systèmes implantés dans des pays à faible taux d'illettrisme, leurs membres peuvent rédiger des quasi-chèques ou gérer leurs échanges de façon informatique.

7   Dans l'ensemble du Maghreb, par exemple, je n'ai relevé que deux projets de monnaie locale complémentaire en Tunisie. Le premier a été formulé en 2013 par Lotfi Kaaki, alors conseiller du président de la République, Moncef Marzouki (janvier 2012-décembre 2014), proposant grâce à une collaboration entre États, acteurs privés et de la société civile, à des niveaux décentralisés dans des zones à fort chômage des diplômés, une sorte de « banque du temps », d'échanges de services et de compétences. Le second est celui de Flous Art en janvier 2015 pour que des artistes échangent leurs compétences en musique, vidéo, montage, location de salles pour répéter ou présenter des spectacles. Par ailleurs, sur le site de huffpostmaghreb, est paru le 11 mai 2015 un article d'Arezki Derguini, député du Front des forces sociales d'Algérie, favorable aux monnaies locales complémentaires.

8   Voir les sources citées dans Servet (2016a et 2016b).

9   Voir les organisations en relation avec Positive Money UK sur son site.

10   Voir la recension des publications de Susan Johnson sur son site http://www.bath.ac.uk/sps/staff/susan-johnson/index.html, et l'analyse de Dissaux (2016a), ainsi que Singh (2017) et Morvant-Roux et al. (2017).

11   Voir les enquêtes de terrain réalisées en 2015 et 2016 en Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire et Burkina Faso) par Solène Morvant-Roux sur ces prélèvements, https://www.imtfi.uci.edu/research/2015/morvant-roux_barussuad_ilboudo_2015.php, pour l'Institute for Money, Technology and Finance Inclusion.

12   On peut l'illustrer par l'exemple de Community Forge dont le logiciel est utilisé par des centaines de monnaies locales et de systèmes d'échange locaux dans le monde, notamment plus de 500 en France. Voir le site : http://communityforge.net/.

13   Problématique notamment développée par Amato (2016) en s'appuyant plus particulièrement sur l'œuvre de Keynes. Voir aussi la thèse de Massonnet (2017) qui redonne une actualité aux travaux de Bernard Schmitt (1929-2014).

14   Dans un débat sur Monnaies locales, des monnaies d'avenir ?, notamment avec Jean-François Ponsot (Université de Grenoble), Olivier Pastré a contesté l'usage du qualificatif « alternatif » qui leur est souvent appliqué en faisant la comparaison avec un courant électrique alternatif (Transmission 11 juillet 2015, LCP Public Sénat, http://replay.publicsenat.fr/vod/le-debat/monnaies-locales,-des-monnaies-d-avenir-/jerome-florenville,jean-philippe-magnen,jean-francois-ponsot,olivier-p/177996). Cette restriction du sens de l'idée d'alternative se justifie mal dans la mesure où l'on parle aussi de « médecine alternative » ou de « peine alternative ». Le fait que les consommateurs ne puissent les utiliser que dans un réseau particulier de prestataires de biens et de services et ne soient pas autorisés à les reconvertir (opération réservée aux professionnels) en fait bien des instruments d'usage tout à la fois complémentaire et alternatif et dans une perspective que l'on peut dire citoyenne ou sociale.

15   Les exemples présentés ici se distinguent donc des SEL et des banques du temps. Voir la note 6.

16   L'enquête de Tristan Dissaux au Kenya (2015) montre un cloisonnement des usages : la monnaie locale servant plutôt à l'acquisition de biens alimentaires et libérant ainsi des ressources en cash pour payer la scolarité des enfants ou financer une microentreprise. Dans ce dernier cas, il s'agit notamment du financement de stocks, tels que des légumes au marché central. Toutefois le volume d'épargne ainsi dégagé et qui pourrait servir à financer des dépenses non immédiates est restreint. Interrogé sur une possible conséquence dans la répartition des charges entre femmes et hommes, Tristan Dissaux m'a indiqué que ce sont les femmes qui gèrent l'approvisionnement alimentaire du foyer et que ce sont donc elles qui devraient davantage bénéficier de cet effet que les hommes. Il a remarqué que les utilisateurs de la monnaie sont majoritairement des utilisatrices et que les hommes ont très souvent un sentiment de suspicion, quand ce n'est de rejet, vis-à-vis de la monnaie complémentaire tout en tolérant la participation de leur conjointe au projet.

17   Voir la synthèse des travaux de Jérôme Blanc dans Blanc (2018).

18   Smith (2000-2005), Livre 1, chapitre 2, p. 20, ligne 32 ; chap. 4, p. 30, lignes 15, 19 ; livre V, pp. 978-979 (vol. 4, Notes, à paraître). Voir Mitchell-Innes (1913) qui s'appuie sur l'édition critique par William Playfair de la Wealth of Nations en 1805 (réédité par William Rees-Mogg en 1995) et sur Thomas Smith, Essay on Currency and Banking, Philadelphia, 1832.

19   Voir certains exemples analysés dans Servet (2012) et les nombreux travaux en ce domaine de Josette Rivallain 1988 et 1994.

20   Voir les illustrations du catalogue de l'exposition Monnaies – Objets d'échange, Musée Barbier-Mueller, par Anne Vanderstraete, Genève, 2016.

21   Carvalho de França Filho et al. (2012). Je résume ici certains arguments donnés dans Servet (2013) repris dans Moerenhout et Servet (2015). Voir la synthèse actualisée par Tristan Dissaux (2015, pp. 6-71) et Dissaux et Meyer (2016) du projet brésilien.

22   Les clubs de trueque étudiés notamment par Saiag (2016) en en montrant l'ambiguïté du point de vue des logiques de solidarité ont fleuri au cours de l'intense crise financière et monétaire de 1998-2002. À cela s'ajoute que le contexte économique et politique de l'Argentine est par de nombreux traits très différent de celui du reste du continent car ses formes antérieures d'économie étaient il y a un siècle par de nombreux traits comparables à ceux du Canada ou de l'Australie à la même époque et le développement du capitalisme y a été en quelque sorte bloqué à partir des années 1930, alors que les débuts du péronisme peuvent être considérés comme une forme de social-démocratie dans une économie de la périphérie.

23   Toutefois, dans l'exemple de cluebe de trueque en Argentine, Saiag (2016, p. 99 et pp. 107-133) montre que certains participants sont capables de spéculer sur les différences de prix entre l'intérieur et l'extérieur de la communauté locale en revendant dans le cluebe ce qu'ils ont acheté à cette fin.

24   Le fait qu'une monnaie complémentaire soit gagée permet de mettre en place ce que l'on peut désigner comme un trésor collectif. Il peut être géré comme un commun. L'important est ici de savoir comment l'institution financière pourrait utiliser le dépôt qu'elle reçoit en contrepartie de l'émission de bons par le groupe. Pour autant que la réglementation bancaire autorise que la somme mise en dépôt comme garantie de l'émission des bons puisse faire l'objet d'un prêt et ainsi servir à des projets à caractère solidaire, durable, éthique, etc. L'organisation faisant le dépôt ne pourrait avoir cette capacité légale que si elle était reconnue par les autorités de régulation comme pouvant octroyer des crédits. À défaut, cette mobilisation du fonds de garantie est possible sans disposer de façon autonome de la somme. Cela peut se faire à la suite d'un accord de partenariat avec la banque recevant le dépôt ou grâce à la garantie d'une autre organisation de la finance solidaire, voire d'une collectivité territoriale, sur demande de l'association gérant la monnaie locale. Comme le suggère dans des échanges privés Marie Fare de l'université de Lyon ainsi que Dante Edme-Sanjurjo de la monnaie eusko, l'établissement bancaire pourrait ouvrir un prêt ayant ces caractéristiques tout en ne mobilisant pas directement la somme afin que la valeur du gage ne soit pas dépréciée. Dans la mesure où la monnaie locale à son retour pour être changée en euro subit une décote, le montant déposé devrait logiquement et légalement pour cette petite différence pouvoir être utilisé par l'association comme base de prêt, pour autant que cette marge bénéficiant à l'association ne soit pas absorbée pour couvrir ses frais de fonctionnement.

25   Compte tenu des diversités locales, le terme « réplication » paraît plus opportun que celui d'essaimage ou de duplication, comme me l'a suggéré Isabelle Hillenkamp. Voir Narring (2016).

26   Les visites de terrain de França Filho Genauto, Isabelle Guérin, Isabelle Hillenkamp et Osia Vasconcelos au cours de l'été 2016 montrent qu'après la politique de Lula (et son soutien via Banco popular do Brasil) et après une montée des impayés, il y a eu sous la présidence Dilma une reconfiguration des rapports (à travers le programme Crescer). La relation de Banco Palmas avec les banques publiques (agissant dans le cadre de ce programme) et qui cherchent à normer la relation des ONG avec leurs clients s'est tendue, voire est devenue conflictuelle (França Filho et al., 2018).

27   Voir les résultats des enquêtes de terrain menées par Isabelle Guérin et Isabelle Hillenkamp à l'été 2016 (França Filho et al., 2018 ; Narring, 2016).

28   Ce que montre bien de Freitas (2015).

29   La principale source d'information est celle de Dissaux (2015, pp. 23-58). Ce travail de terrain est un élément préparatoire de sa thèse de doctorat en économie, « L'inclusion financière à l'aune de la monnaie : approches théoriques et implications pour les politiques de réduction de la pauvreté » (titre provisoire), université Lumière Lyon 2 sous la direction de Jérôme Blanc.

30   Ce qui ne signifie pas que rien n'ait été fait pour impliquer la population à partir, selon l'enquête de Tristan Dissaux, d'une réflexion sur la circulation monétaire locale et par la cartographie des échanges au sein de la localité, notamment par des jeux sur l'usage de la monnaie locale, des réflexions sur l'iconographie des billets, une délibération collective sur la constitution du groupe, etc. et par les transformations successives du projet pour atteindre cet objectif.

31   J'en ai visité une au Nicaragua. Voir encadré en fin d'article. Je ne suis pas parvenu à obtenir des informations plus récentes que celles collectées lors de ma visite de terrain en 2012. Le projet a sans doute cessé faute de la poursuite de financements externes.

32   William O. Ruddick est originaire des États-Unis. Cet ancien peace corps volunteer a épousé une Kenyane. Voir le site : http://www.truevaluemetrics.org/DBadmin/DBtxt001.php?vv1=txt00004903.

33   Monnaie se dit « pesa » en swahili. M-Pesa, par exemple, désigne les transferts monétaires par téléphone mobile.

34   Il serait utile de comparer ce qui rapproche et ce qui distingue ce projet de ceux de distribution conditionnelle ou inconditionnelle de cash, un type d'opérations top/down, dont les exemples mexicain et brésilien sont les mieux documentés parmi les dizaines de formes existantes aujourd'hui à travers les pays émergents et en développement ; outre le fait qu'elle peut être faite par des organisations de la société et non comme une action publique de vaste ampleur.

35   Dans le quartier, cela correspond approximativement à la dépense alimentaire quotidienne d'une personne.

36   La Doen Foundation est financée depuis 1991 par les loteries néerlandaises. Son site indique : « DOEN Foundation believes in a green, socially inclusive and creative society. We witness how people use enterprising approaches to actively come up with innovative solutions for a better world. They take the lead, dare to take risks, and create change. They break through old structures and cast new perspectives on current challenges. These innovators are also an inspiration to others. » Elle soutient environ 200 projets chaque année.

37   Dans le sens que je leur ai donné dans Servet (2013 et 2015a).

38   Notons qu'en France, la nouvelle loi sur l'ESS adoptée à la fin de juillet 2014, en particulier l'amendement de son article 16, a introduit le principe d'une reconnaissance de ces monnaies comme titre de paiement, dès lors que leur émission relève de l'initiative de structures appartenant au secteur reconnu comme économie sociale et solidaire. Bien que n'ayant pas de pouvoir libératoire, elles peuvent/pourraient ainsi servir au paiement de services culturels ou sportifs municipaux par exemple, pour autant que les associations demandent cet agrément et que les comptables publics n'aient pas une vision restrictive de la nouvelle loi. Voir certains éléments présentés dans Fourel et al. (2015).

39   Sur l'implantation beaucoup plus forte des monnaies locales complémentaires dans des pays développés, et en particulier en Europe occidentale (plus des deux tiers d'entre elles environ), voir dans Seyfang et Longhurst (2013, p. 72) une carte de leur répartition par continent et sous-continent.

40   On peut remarquer qu'est affiché le lien entre la promotion de la culture et l'économie basque et l'eusko, la principale monnaie locale en France. Les salariés des entreprises acceptant cette « monnaie locale », qui a parité avec l'euro, doivent être capables de s'exprimer en basque avec la clientèle. Les autorités publiques, pourtant sourcilleuses du caractère « indivisible de la République », n'y ont pas vu une remise en cause de son unité.

41   Pour une présentation de ce projet, voir le site : http://www.menelsabopp2017.org/notre-histoire/. Au Sénégal, voir aussi l'annonce d'un projet à Kaolack (chef-lieu de la région portant ce nom) d'une monnaie locale en juillet 2016 (http://seneweb.com/news/Societe/vers-la-creation-d-rsquo-une-monnaie-locale-a-kaolack_n_44313.html). Ces projets, outre Casamance et Kaolack, à Dakar, Saint-Louis et Thiès sont portés par le mouvement Moom Sa Bopp/Meneul Sa Bopp (MRLD) et par le Centre d'études pour le financement du développement local. À ce jour, il ne semble pas avoir débuté.

42   On doit remarquer ici que le député qui, en Algérie, a proposé le soutien à des monnaies locales (cf. note 7 supra) est membre du FFS, un parti qui s'appuie sur l'identité berbère.

43   L'illustrent Alain Beiton et de Nicolas Danglade dans un article publié par Les Possibles, revue du Conseil scientifique d'Attac. Voir le site : https://france.attac.org/nos-publications/les-possibles/numero-14-ete-2017/debats/article/les-monnaies-locales-entre-repli-communautaire-et-liberalisme-economique. L'absence de prise en compte d'exemples venant à l'encontre des idées émises et des informations erronées ou basées sur des amalgames sommaires en font en sciences sociales une « vérité alternative ». Par exemple, en traitant de la fiscalité et des cotisations sociales, est-ce par ignorance ou par malveillance que dans un même paragraphe les systèmes d'échange local sont confondus avec les monnaies locales obtenues par change avec la monnaie nationale. Car les formes nouvelles utilisées dans les commerces et les services ayant pignon sur rue acquittent charges sociales et taxes. Les administrations ont assimilé les systèmes d'échange local à des formes de solidarité qui n'étaient pas marchandes et ne devaient pas en tant que telles donner lieu à prélèvements (au même titre que de demander à son voisin ou à une cousine d'aller chercher ses enfants à l'école n'est pas tarifé pour donner lieu à versement aux caisses de sécurité sociale ou considérés comme un avantage en nature donnant lieu à taxation de ce qui serait un revenu). Difficile aussi de parler de façon systématique d'enfermement communautaire de ceux qui militent en faveur des monnaies locales quand on observe que la monnaie de la région de Genève, le Léman, est transfrontalière. Elle est en train de mettre en place une crypto-monnaie pour des échanges interentreprises tout en conservant des objectifs de développement de pratiques solidaires de l'économie. Pour une critique des arguments basés sur une approche prétendue « marxiste » de la valeur et de la monnaie, qui sous-tend l'article de Beiton et Danglade, voir Servet (2017).

44   Dans le récent Stockholm Statement rédigé en 2016 par une douzaine d'économistes de renommée mondiale, dont trois anciens chiefs economist de la Banque mondiale, réunis à l'invitation du Swedish International Development Cooperation Agency (SIDA), la coopération suédoise, et de la Banque mondiale, on retrouve un préjugé similaire : « We cannot be unmindful of the fact that local community institutions have been known to be captured by retrogrades forces. », écrivent-ils. Voir le document diffusé par le SIDA, la coopération suédoise à l'origine avec la Banque mondiale de la rencontre : https://www.sida.se/globalassets/sida/eng/press/stockholm-statement.pdf, p. 3-4.

45   À Madagascar (Parry et Bloch, 1989), il est de bon ton dit-on qu'un amoureux après une relation sexuelle fasse cadeau d'argent à son amoureuse. Dans la plupart des autres pays, ce versement en pareille circonstance serait considéré comme un paiement et assimilé à une relation de prostitution.

46   L'Afrique compte aussi des pays structurés comme fédérations, à savoir l'Éthiopie, le Nigeria et l'Afrique du Sud, et des États faisant sécession comme le Biafra ou le Katanga qui ont émis des monnaies en quelque sorte locales.

47   On peut imaginer comme l'a fait notamment Bruno Théret une acceptation pour payer les impôts locaux (taxe sur les commerces, par exemple) ou par un service communal pour régler ses services ; comme l'accès à un dispensaire, à une garde infantile, à des prestations sportives ou culturelles. Les utilisateurs du service remettant de la monnaie locale ou les impôts locaux étant acquittés en monnaie complémentaire, la municipalité disposera de moyens locaux de paiement avec lesquels elle pourrait régler certains prestataires de services auxquels elle a recours ou qu'elle peut redistribuer aux personnes qu'elle aide. Une telle initiative peut encourager les citoyens ayant le souci des « pauvres » à payer avec cette monnaie complémentaire les services municipaux, puisqu'ils savent qu'alors celle-ci bénéficiera ensuite à l'intégration sociale et au soutien de l'économie locale. Voir Théret et Kalinowski (2012) ; Bourdariat et Théret (2015).

48   Les critiques que l'on peut formuler à l'encontre du bitcoin s'appliquent à cet instrument particulier et non évidemment à toutes les cryptomonnaies. La caractéristique fondamentale d'un commun, être objet de délibérations démocratiques et de choix collectifs, est impossible du fait même du mode de création et de diffusion du bitcoin, mettant en avant l'anonymat.

49   Voir la note 42 supra.

50   Voir une description détaillée par un visiteur de la coopérative dans http://www.taoaproject.org/monnaies-locales/coopevale-20-nouveau-projet-de-monnaie-locale-au-nicaragua/.


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