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Climate Scenarios in Finance

Jean Boissinot * Conseiller des gouverneurs, Banque de France ; chargé de cours, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; fellow, Institut Louis Bachelier. Contact : Jean.BOISSINOT@banque-france.fr.
Thomas C. HELLER ** Chairman, Climate Policy Institute ; professeur, Stanford University. Les idées et les opinions présentées dans cet article sont celles des auteurs. Elles ne reflètent pas nécessairement la position des institutions auxquelles ils sont ou ont été affiliés et ne sauraient en aucune manière engager ces institutions.


Climate change and low carbon transition scenarios are becoming a usual feature in the financial sector. The use of scenarios is consistent with the nature of the phenomena considered (deep uncertainty). However, this use should be subject to reasoned thinking: scenario based approaches are fundamentally at odds with the probabilistic approach that underpins economics and finance. We discuss the use of scenarios for finance-driven purposes and examine three issues pertaining to “green finance” (the use of “normative” scenarios, the design of scenarios for stress tests and the development of scenarios suited for the needs of financial decision making).


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Footnotes

1   Cette citation (ou une variante proche) est souvent attribuée à Mark Twain, Winston Churchill, Niels Bohr, Groucho Marx ou Pierre Dac, mais selon O'tool (2013), il pourrait s'agir d'un vieux dicton danois.

2   Cette cohérence ne doit cependant pas être confondue avec une transposition superficielle de certains concepts financiers.

3   Compte tenu de l'usage désormais répandu, on désigne ici par « finance verte » la prise en compte par le secteur financier des enjeux climatiques et, plus largement, environnementaux. De manière générale, on peut distinguer, au sein de la finance verte, les techniques de financement des investissements nécessaires à la transition bas-carbone (financing green investment) et la démarche visant à rendre l'allocation du capital cohérente dans son ensemble avec les enjeux climatiques (achieving climate consistent capital allocation). On traite ici d'enjeux relevant principalement de cette seconde dimension.

4   On parle alors d'incertitude profonde (deep uncertainty).

5   De manière analogue, on pourra aussi chercher à donner la probabilité d'un événement particulier.

6   Par ailleurs, elle repose, le cas échéant, sur la prise en compte de jeux de paramètres alternatifs qui ne sont plus principalement dictés par l'observation du passé, en rupture avec la logique probabiliste de l'exercice.

7   On peut identifier une école américaine autour de Herman Kahn à la RAND Corporation à partir des années 1950 et, au début des années 1960, une école française de prospective autour de Gaston Berger (Bradfield et al., 2005). Ces deux approches nourriront l'expérience emblématique de Shell qui jouera un rôle moteur sur ces sujets (Wack, 1985a, 1985b ; Wilkinson et Kupers, 2013, 2015).

8   Pour une revue des méthodes d'élaboration de scénarios, voir Amer et al. (2013).

9   Ces scénarios normatifs sont souvent utilisés par les pouvoirs publics pour présenter les politiques qu'ils retiennent pour atteindre leur objectif.

10   De manière schématique, le climat dépend de la concentration de GES dans l'atmosphère. Le maintien d'émissions positives implique une augmentation continue de cette concentration. Dans ces conditions, le climat ne peut trouver un nouvel état stable (même extrêmement dégradé) que si les émissions nettes sont nulles. Toute trajectoire d'émission dans laquelle les émissions restent positives (par exemple, une stabilisation des émissions au niveau actuel ou à un niveau inférieur) implique la poursuite de la dérive climatique.

11   Pour une discussion détaillée de la construction des scénarios liés au climat, voir Colin et al. (2019).

12   À titre d'illustration, on peut considérer le modèle de mobilité qui dépend de développement technologiques (par exemple, capacité des batteries pour véhicule électrique, efficacité de la solution hydrogène), de la disponibilité d'infrastructures souvent spécifiques (par exemple, infrastructures ferroviaires, solutions de transport en commun, modalités de mise à disposition et/ou de recharge des batteries, réseau logistique de l'hydrogène), de facteurs plus larges (par exemple, demande de transports pour les personnes et les marchandises), etc. L'ensemble des facteurs de demande et des contraintes se combinent pour faire émerger une solution efficace à un moment donné, laquelle peut ensuite contraindre les développements futurs par des effets d'hystérèse. In fine, la mobilité décarbonée n'est pas une juxtaposition de technologies, mais un système au sein duquel des solutions technologiques parfaitement pertinentes prises individuellement (voire plus efficaces que l'ensemble des alternatives disponibles) peuvent ne pas trouver leur place.

13   Par exemple, une séquence d'événements météorologiques survenant sur une période de temps donnée, qu'il s'agisse de la survenue d'événements extrêmes (tempêtes, crues, épisodes de canicule ou de sécheresse intense, incendies, etc.) et/ou de changements chroniques (montée du niveau de la mer, changements des conditions hygrométriques, changements de température, etc.).

14   On remarquera que chaque scénario de transition est en pratique associé à une infinité de scénarios physiques qui sont des « tirages » particuliers du climat déterminés par la concentration de GES dans l'atmosphère résultant de la trajectoire de transition. Réciproquement, un même scénario physique peut être associé à plusieurs scénarios de transitions dès lors qu'ils impliquent la même trajectoire d'émissions.

15   L'enjeu de prix existe aussi dans la décision d'investissement en capital investissement (venture capital ou en private equity).

16   Sur la théorie de la décision robuste, voir Lempert et al. (2003, ch. 3) et Lempert et al. (2006).

17   Pour illustrer notre propos en reprenant l'exemple de la mobilité évoqué dans la note 12, il s'agit de caractériser les conditions sous lesquelles une solution privilégiant la mobilité hydrogène dominera une solution privilégiant la mobilité électrique. On peut ainsi identifier la question de la sécurité, du réseau de distribution de l'hydrogène (relativement au réseau de recharge électrique), du développement d'une alternative sur le transport collectif et le transport de marchandise de longue distance, qui tendrait à limiter la demande de mobilité à des plus petites distances sur lesquelles les limites d'autonomie des batteries ne sont pas mordantes, etc.

18   Parmi les scénarios relativement populaires, on trouve en particulier les scénarios « 2 °C » de l'Agence internationale de l'énergie.

19   Les contributions déterminées au niveau national (en anglais, nationally determined contributions ou NDC) sont les stratégies climatiques des États parties à l'Accord de Paris ; elles doivent être revues à la hausse tous les cinq ans.

20   Il s'agit d'apprécier la compréhension par les acteurs financiers des risques liés au changement climatique, de vérifier que les risques intrinsèques de la trajectoire définie par la puissance publique sont maîtrisés et de former une opinion sur la résilience des acteurs à d'autres trajectoires défavorables.

21   On se méfiera, de ce point de vue, des scénarios qui relèvent d'un exercice d'advocacy ou de lobbying en faveur de tel ou tel secteur, de telle ou telle solution technologique, etc.


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