Une nouvelle rubrique : la chronique d'histoire financière

Xavier Mahieux Inseec Business School. Contact : xmahieux@inseec.com.
Olivier Pastré Directeur scientifique de la Revue d'économie financière ; Professeur, université Paris VIII. Contact : opastre@noos.fr
François Champarnaud COB ; Délégué général, Association d’économie financière.
Thierry Walrafen Directeur des affaires européennes et internationales, Caisse des dépôts et consignations ; Directeur de la publication, REF.


« L'Histoire, je le crains, ne nous permet guère de prévoir, mais, associée à l'indépendance d'esprit, elle peut nous aider à mieux voir. » Paul Valéry (Variété IV) a raison. L'Histoire est un miroir, parfois déformant, qui peut nous aider à comprendre la réalité d'aujourd'hui et à éclairer celle de demain.

La crise de 1929 fournit une excellente illustration du rôle que peut jouer l'Histoire dans le renouvellement de la pensée économique. Ceux qui pensent que la crise actuelle est une réplique de la Grande Dépression – et ils sont nombreux – n'ont rien compris à l'utilité de l'analyse historique. Les différences majeures entre la crise de 1929 et la crise actuelle sont au moins au nombre de deux. D'abord la crise de 1929, amorcée et symbolisée par le Black Thursday à la Bourse de New York (24 octobre), a éclaté dans une économie mondiale en panne de croissance, alors que la crise actuelle creuse son sillon dans une économie mondiale en très fort développement : une croissance de 3,5 %, c'est encore deux fois plus que la croissance moyenne du siècle qui vient de s'écouler. Deuxième différence : entre la crise de 1929 et la crise actuelle, il s'est produit un phénomène majeur qui est… la crise de 1929. Nos gouvernements ont ainsi pu tirer les enseignements du passé et éviter les erreurs les plus grossières commises au début des années 1930.

C'est là où l'Histoire démontre son utilité pour éclairer la science économique. Elle ne permet en rien de définir avec précision quelle politique économique mettre en œuvre, mais elle permet d'éviter certaines erreurs fatales.

La Revue d'économie financière (REF) a toujours fait une place particulière à l'Histoire. Le lecteur attentif remarquera que nombre de numéros débutent par un ou plusieurs articles de mise en perspective historique et que de multiples articles sont nourris de considérations de long terme. Plus encore, au cours des premières années de la REF, une rubrique historique – parfois copieuse – enrichissait presque tous les numéros. Il convient ici de rendre hommage à Jean-Marie Thiveaud qui animait avec enthousiasme cette rubrique. Sa disparition brutale en 2007 a laissé notre revue orpheline : nous voudrions à partir d'aujourd'hui combler, en partie au moins, cette lacune.

À compter de ce numéro, chaque livraison de la REF comportera une rubrique historique. Cette dimension historique dans une revue d'économie française n'est pas le fruit du hasard. De même que l'« école française » d'économie a été honorée cette année par le prix Nobel attribué à Jean Tirole, de même, l'« école française » d'histoire économique symbolisée par Fernand Braudel, mais illustrée aussi par des hommes comme Jean Bouvier ou Maurice Lévy-Leboyer, donne à cette discipline un éclat tout particulier dans notre pays.

La REF ne va pas pour autant chercher à concurrencer les excellentes revues d'histoire publiées en France. Plus modestement, elle va s'efforcer de construire au fil des numéros un corpus d'analyses historiques des phénomènes d'économie financière. Pour rester dans l'esprit et la lettre de notre Revue, nous avons choisi de donner une priorité à la dimension statistique de l'histoire économique. De même que, comme dit l'adage, « un bon dessin vaut mieux qu'un long discours », de même, un bon tableau rigoureusement commenté vaut souvent mieux qu'une longue diatribe. Pour animer cette rubrique, nous avons demandé à Claude Diebolt, directeur de recherche au CNRS à l'université de Strasbourg, d'éclairer notre compréhension des mécanismes d'économie financière d'une perspective historique qui ne se limitera ni à la France, ni nécessairement à l'histoire « moderne ». Dans la mesure du possible, mais sans aucune exclusive – ce n'est ainsi pas le cas dans ce numéro –, cette rubrique traitera de sujets en relation avec le thème principal du numéro1.

Longue vie à cette nouvelle rubrique !


Notes

1   Les chercheurs en histoire sont encouragés à soumettre à la REF leurs propositions de chronique par email à : redaction@aef.asso.fr.


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