Les ressorts de la crise financière majeure de 1997-98 au Japon : de la responsabilité du politique à l'action du superviseur

Cyrille Lacu


Cet article tente d'étudier les mécanismes qui sous-tendent l'accélération du processus de dégradation de la solvabilité des institutions financières japonaises, au cours de ce que l'on considère avoir été une crise de système majeure, entre l'automne 1997 et l'automne 1998. Le système bancaire et les mutuelles géantes de l'assurance vie concentrent depuis l'éclatement de la bulle des déséquilibres financiers dont l'ampleur véritable commence à être perçue. Jusqu'au déchaînement de la crise, leur nature systémique est pourtant sous estimée. Après huit années de dégradation, la règle de non-dit sur l'illiquidité et l'insolvabilité globale de ces deux piliers de l'épargne japonaise est révélée. L'instabilité financière propage l'incertitude dans les comportements réels des entreprises, via le rationnement du crédit et au niveau des ménages, via les coups portés sur l'épargne. L'élévation du risque économique perçu boucle le mécanisme de contraction de l'activité. Au premier trimestre 1998, le Japon sombre dans la déflation. Dans le processus qui a conduit à cette situation, l'inertie du politique est le nœud des tensions. En face, les réponses de la réglementation prudentielle et de la politique monétaire se comprennent comme des actions en dernier ressort, dont le seul objectif est d'assurer la continuité du système de paiement. La gestion désastreuse de la crise japonaise sur cette période a généré un aléa moral puissant sur les comportements des investisseurs institutionnels. Celui-ci a nourri des distorsions de change et des déséquilibres sur les marchés matures, dont la mise en évidence, après les corrections de l'été 1998 révèle la fragilité de l'architecture du SMI.

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